Le téléphone entre vous deux : quand l'écran s'invite dans le couple

Mis à jour le 07/10/20266 min de lecture

Un couple sur le canapé, chacun absorbé par son téléphone

Vous racontez votre journée, l'autre répond « mmh » sans lever les yeux de son écran. Ce petit geste a même un nom en anglais : le « phubbing », contraction de « phone » (téléphone) et « snubbing » (snober). Les études montrent qu'il pèse un peu, mais régulièrement, sur les couples : on se sent moins écouté, moins proche. Ce n'est pas la présence du téléphone qui pose problème, c'est de s'en servir pendant que l'autre vous parle. Bonne nouvelle : quelques règles simples, choisies à deux, suffisent souvent à changer l'ambiance d'une soirée.

Une scène que tout le monde connaît

Le soir, sur le canapé. L'un regarde une série, l'autre fait défiler des vidéos. Au restaurant, une notification, et la conversation s'arrête net. Au lit, deux visages éclairés en bleu, chacun dans son monde. Et ce moment où vous racontez quelque chose d'important, et où l'autre répond « ah oui ? » en tapant un message.

Ce n'est presque jamais méchant. On vérifie un horaire, on répond vite fait à un collègue, on regarde « juste une seconde ». Mais du côté de celui qui parlait, ça fait un petit pincement : « Ce que je dis l'intéresse moins que son téléphone. »

En 2016, deux chercheurs américains, James Roberts et Meredith David, ont posé la question à plus de 450 adultes. Près de la moitié disaient que leur partenaire leur faisait ça. Près d'un quart, que ça avait déjà provoqué des disputes. Et plus on se sentait délaissé au profit d'un écran, moins on était satisfait de son couple.

À retenir : le téléphone ne pèse pas sur le couple parce qu'il prend du temps, mais parce qu'il interrompt. Ce qu'il coupe, ce sont les petits moments où l'on se tourne l'un vers l'autre.

Ce que les études montrent, et ce qu'elles ne montrent pas

Depuis, beaucoup d'études ont été faites. En 2025, une équipe de chercheurs (Ni et ses collègues) en a rassemblé une cinquantaine, soit près de 20 000 personnes. Leur conclusion : se sentir délaissé au profit d'un téléphone va avec un couple moins satisfait, moins d'intimité, le sentiment d'être moins écouté, et plus de disputes.

Deux nuances importantes. D'abord, l'effet est réel mais modeste : le téléphone n'est qu'une petite partie de ce qui fait qu'un couple va bien ou mal. Ensuite, la plupart des études montrent un lien, pas une cause. Quelqu'un qui s'ennuie dans sa relation peut aussi se réfugier dans son écran. Le téléphone est parfois le symptôme, pas la maladie.

Des chercheurs néerlandais (Camiel Beukeboom et Monique Pollmann) ont cherché à comprendre pourquoi ça fait mal. Ce n'est pas surtout la jalousie (« à qui il écrit ? »). Ce sont trois choses plus simples : on se sent mis à l'écart, on se sent moins écouté, et on se sent moins proche.

Faut-il bannir le téléphone de la table ?

Vous avez peut-être lu qu'un téléphone posé sur la table, même sans s'en servir, rendait les conversations moins chaleureuses. Cette idée vient d'une étude de 2013 qui a beaucoup circulé. Mais quand d'autres chercheurs ont refait l'expérience de la même façon, en 2021, ils n'ont pas retrouvé cet effet. La simple présence du téléphone ne semble pas suffire à gâcher un échange.

Ce qui compte, c'est de s'en servir. Une expérience au restaurant (Ryan Dwyer, Kostadin Kushlev et Elizabeth Dunn) l'a bien montré. Environ 300 personnes dînaient entre amis ou en famille. Par tirage au sort, certaines gardaient leur téléphone sur la table, d'autres le rangeaient. Avec le téléphone à portée de main, les convives se sentaient plus distraits et appréciaient un peu moins le repas.

La leçon est rassurante : pas besoin de vivre sans téléphone. Il suffit de ne pas l'utiliser au moment où l'autre vous parle. Et le plus simple pour y arriver, c'est de le poser un peu plus loin.

C'est ce que ressent l'autre qui compte

Une étude de 2023, menée par Katherine Carnelley et ses collègues auprès de couples qui notaient leur journée chaque soir, apporte une nuance précieuse. Les jours où une personne avait l'impression d'être délaissée pour un écran, elle jugeait son couple moins bon. Mais le temps que l'autre disait lui-même avoir passé sur son téléphone, lui, ne changeait rien.

Autrement dit, ce n'est pas le chronomètre qui compte, c'est le ressenti. Celui qui regarde son téléphone trente secondes pour vérifier un horaire n'a pas l'impression d'être absent. Celle qui parlait à ce moment-là a l'impression de ne plus exister.

Inutile, donc, de vous disputer pour savoir qui est « vraiment » le plus souvent sur son écran. Mieux vaut demander à l'autre ce qu'il ressent, et le croire. Et si c'est vous qui vous sentez délaissé, dites-le simplement : « Quand tu regardes ton téléphone pendant que je te parle, j'ai l'impression que ça ne t'intéresse pas. » C'est bien plus efficace qu'un « t'es toujours sur ton portable ».

Duoly, l’app des couplesLe rendez-vous du soir qui remet la conversation au centre.

Le soir, au lit

La chambre est devenue l'un des endroits préférés du téléphone. On se couche ensemble, mais chacun fait défiler ses vidéos. Puis on éteint, sans s'être vraiment parlé.

Or ces quelques minutes avant de dormir sont souvent les seules de la journée où l'on est tous les deux, au calme, sans enfants, sans travail. C'est là que se disent les petites choses : un souci, une blague, un « tu m'as manqué aujourd'hui ». Les chercheurs Brandon McDaniel et Sarah Coyne ont donné un nom à ce phénomène : la « technoférence », c'est-à-dire les écrans qui interrompent les conversations, les repas et les moments à deux. Dans leur étude, elle allait de pair avec davantage de tensions dans le couple.

Le problème n'est pas l'écran en lui-même. Une série regardée à deux, blottis sous la couette, peut être un vrai moment partagé. C'est l'écran solitaire, celui qui remplace la dernière conversation de la journée, qui prend quelque chose au couple.

Et si c'est vous qui n'arrivez pas à le lâcher ?

Soyons honnêtes : on est souvent des deux côtés. On râle quand l'autre est sur son écran, et on attrape le sien dès qu'il y a un blanc dans la conversation. Ce n'est pas un manque d'amour. Le téléphone est conçu pour attirer notre attention, et il le fait très bien, surtout quand on est fatigué, stressé, ou qu'on a besoin de souffler après une longue journée.

Demandez-vous, sans vous juger, à quel moment vous le prenez le plus. En rentrant du travail, pour décompresser ? Dès qu'une conversation devient un peu difficile ? Quand vous vous ennuyez ensemble ? La réponse dit souvent quelque chose d'important.

Si c'est pour décompresser, vous pouvez le dire : « J'ai besoin de dix minutes à moi, ensuite je suis tout à toi. » L'autre l'entendra beaucoup mieux qu'une absence silencieuse. Si c'est pour fuir une discussion qui fâche, le téléphone n'est pas le vrai sujet, et ça vaut la peine d'en parler. Et si c'est l'ennui, c'est peut-être le signe qu'il manque un peu de nouveauté à vos soirées. Ce n'est pas grave : c'est même assez facile à changer.

Des règles à essayer dès ce soir

  • Choisissez deux moments sans téléphone. Par exemple le repas du soir et les dix minutes où vous vous retrouvez après le travail. Deux règles tenues valent mieux que dix oubliées.
  • Loin et en silencieux. Un téléphone qu'il faut aller chercher dans l'entrée interrompt beaucoup moins qu'un téléphone qui vibre à côté de l'assiette.
  • Si vous devez regarder, dites-le, et montrez. « Je regarde l'heure du train, deux secondes » ne coupe pas la conversation. Un silence absorbé, si.
  • Un petit rituel du coucher. Les téléphones se rechargent hors du lit, ou au moins hors de portée, et les cinq dernières minutes sont pour vous deux.
  • Décidez les règles ensemble, un jour où tout va bien. Une règle imposée au milieu d'un reproche devient un nouveau sujet de dispute. Une règle choisie à deux peut être rappelée avec un sourire, sans que ce soit une accusation.
  • À distance, c'est l'inverse. Quand vous vivez loin l'un de l'autre, le téléphone devient le lien. Un appel vidéo où l'on se regarde vraiment vaut mieux qu'une soirée côte à côte où chacun est ailleurs.

Aucune de ces règles ne demande de renoncer à votre téléphone. Elles demandent juste de rendre à l'autre, à quelques moments choisis, l'attention qu'on donne si facilement à un écran. Essayez pendant une semaine : beaucoup de couples sont surpris de voir à quel point ces petits moments leur avaient manqué.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le phubbing dans un couple ?

C'est le fait d'ignorer son partenaire au profit de son téléphone pendant un moment partagé : un repas, une conversation, le coucher. Le mot anglais vient de la contraction de « phone » (téléphone) et « snubbing » (snober).

Le téléphone peut-il vraiment abîmer un couple ?

Les études associent le fait de se sentir délaissé pour un écran à un couple moins satisfait, à moins d'intimité et à plus de disputes. L'effet est modeste, et la plupart des études montrent un lien sans prouver que le téléphone en est la seule cause.

Faut-il interdire les téléphones à table ?

Pas forcément. La simple présence d'un téléphone ne semble pas gâcher un échange ; c'est de s'en servir pendant que l'autre parle qui pèse. Le ranger un peu plus loin, en silencieux, pendant le repas est une règle simple et facile à tenir.

Comment en parler à son partenaire sans se disputer ?

À un moment calme, en parlant de ce que vous ressentez plutôt que du temps d'écran de l'autre, et en proposant une ou deux règles communes plutôt qu'une interdiction. Décrire le sentiment d'être ignoré est plus utile que compter les minutes.

Dix minutes par soir, rien qu’à vous deux

Duoly installe le rendez-vous dont parle cet article — une question le soir, des jeux à deux, des sorties — sans que personne ait à y penser.

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Cet article s'appuie sur des travaux de recherche publiés, cités avec leurs auteurs. Il a une vocation d'information et ne remplace pas l'accompagnement d'un psychologue, d'un thérapeute de couple ou d'un médecin.