Charge mentale dans le couple : quand c'est toujours le même qui pense à tout

Mis à jour le 17/08/20266 min de lecture

Une mère travaille sur son ordinateur pendant le repas des enfants

La charge mentale, ce n'est pas faire les tâches : c'est y penser. Remarquer qu'il manque du lait, se souvenir du vaccin du petit, prévoir le cadeau d'anniversaire, vérifier que tout a été fait. Ce travail ne se voit pas, et il retombe souvent sur une seule personne. C'est pour cela que « dis-moi ce que je dois faire, je le fais » ne soulage pas : celui qui demande reste celui qui doit penser à tout. Ce qui marche, c'est de confier des domaines entiers, du début à la fin.

Dimanche soir, la liste qui ne s'arrête jamais

Dimanche, 22 h. Vous êtes enfin assise dans le canapé, mais votre tête continue de tourner. Le rendez-vous chez le dentiste à reprendre. Le cadeau pour l'anniversaire de sa mère. La lessive qui manque. Le formulaire de l'école à signer avant mardi. Le contrôle technique de la voiture, c'était bien ce mois-ci ?

À côté, l'autre regarde une série, détendu. Quand vous soupirez, il dit, sincèrement : « Mais dis-moi ce que je dois faire, je le fais ! » Et bizarrement, cette phrase gentille vous fatigue encore plus.

Ce poids a un nom : la charge mentale. Le mot vient d'une sociologue française, Monique Haicault, qui l'a décrit dès 1984 en étudiant le quotidien des femmes qui travaillaient : elles devaient garder en tête, en permanence, à la fois leur travail et toute l'organisation de la maison. L'idée est devenue célèbre en 2017 grâce à la bande dessinée Fallait demander de l'illustratrice Emma, que des millions de personnes ont partagée parce qu'elles s'y reconnaissaient.

À retenir : la charge mentale ne se mesure pas au temps passé à faire les choses, mais à la place qu'elles prennent dans la tête. On peut se partager les tâches à égalité et laisser toute la réflexion à une seule personne.

Faire une tâche, ce n'est pas la même chose que d'y penser

Prenons un exemple tout bête : les pantalons d'un enfant.

Faire, c'est aller acheter le pantalon. Y penser, c'est remarquer qu'il est devenu trop court, connaître la taille actuelle, savoir ce qui reste dans l'armoire, trouver le bon moment, prévoir le budget, puis vérifier qu'il lui va.

Pas d'enfant ? Prenez l'anniversaire d'un ami commun. Acheter le cadeau prend vingt minutes. Mais se souvenir de la date deux semaines avant, savoir ce qui lui ferait plaisir, commander à temps et penser à la carte, c'est tout un travail que personne ne voit.

La sociologue américaine Allison Daminger a interrogé des dizaines de couples sur ce travail invisible. Elle l'a découpé en quatre étapes : anticiper ce dont on aura besoin, chercher les solutions, décider, puis vérifier que c'est fait. Dans la plupart des couples homme-femme qu'elle a rencontrés, c'étaient surtout les femmes qui anticipaient et vérifiaient. Les hommes participaient plus volontiers au moment de décider, c'est-à-dire l'étape la plus visible et la moins usante.

Le sujet ne concerne pas que les couples hétérosexuels. Dans beaucoup de couples, entre deux femmes ou deux hommes aussi, l'un devient sans le vouloir « celui qui pense à tout ». Et c'est ce déséquilibre qui fait dire à l'un, de bonne foi, « je fais autant que toi », pendant que l'autre s'épuise.

Pourquoi « dis-moi ce que je dois faire » épuise encore plus

Cette phrase part presque toujours d'une bonne intention. Mais elle installe une drôle de relation : l'un devient le chef, l'autre l'exécutant.

Trois choses se passent alors :

  • Celui qui demande doit continuer à tout garder en tête. Or c'est exactement ça, la charge.
  • Il doit en plus penser à demander, au bon moment, de la bonne façon. C'est une tâche de plus.
  • Et il finit par passer pour celui qui « donne des ordres » ou qui « râle tout le temps ». Il porte la charge, et en plus le mauvais rôle.

Autrement dit : on ne soulage pas quelqu'un en lui demandant de nous dire comment le soulager. Aider vraiment, c'est prendre une partie de la réflexion, pas seulement une partie des bras.

Vous reconnaissez-vous ?

Quelques signes, d'un côté comme de l'autre. Lisez-les sans chercher de coupable : la plupart des couples glissent là-dedans sans s'en rendre compte, surtout après l'arrivée d'un enfant ou d'un emménagement.

Vous portez peut-être trop si :

  • vous faites des listes dans votre tête au moment de vous endormir ;
  • vous êtes la seule personne qui connaît la date du prochain rendez-vous chez le pédiatre ou le vétérinaire ;
  • avant les vacances, c'est vous qui pensez aux valises, aux papiers et au chargeur ;
  • on vous demande « on mange quoi ce soir ? » plus souvent que vous ne le demandez.

Vous en portez peut-être moins que vous ne le croyez si :

  • vous découvrez souvent les rendez-vous le jour même ;
  • vous dites volontiers « tu aurais dû me le dire » ;
  • vous faites beaucoup de choses, mais presque toujours après qu'on vous les a signalées.
Duoly, l’app des couplesLe rendez-vous du soir qui remet la conversation au centre.

Partager des domaines entiers, pas des tâches

La méthode qui marche le mieux est simple à dire : au lieu de se répartir des tâches, on se répartit des domaines, du début à la fin.

Prendre un domaine, ce n'est pas « faire les courses quand on me le dit ». C'est s'occuper de tout ce qui touche aux repas : savoir ce qui manque, décider des menus, faire la liste, acheter, sans que l'autre ait à y penser. Même chose pour la voiture : penser au contrôle technique, prendre rendez-vous, y aller.

Pour démarrer, un exercice d'une demi-heure :

  • Listez ensemble les grands domaines de votre vie commune : repas, linge, ménage, enfants (école, santé, activités), anniversaires et cadeaux, papiers et factures, voiture, vacances, animaux, liens avec les familles.
  • Pour chacun, notez deux choses : qui le fait, et qui y pense.
  • Regardez l'écart entre les deux colonnes. C'est souvent là que se trouve la vraie découverte de la soirée.
  • Puis choisissez un ou deux domaines à transmettre en entier.

Le point le plus difficile, surtout pour celui qui lâche un domaine : accepter que l'autre fasse à sa façon. Si vous passez derrière pour vérifier ou corriger, vous n'avez rien transmis, vous supervisez. Les menus seront peut-être moins variés pendant un temps. C'est le prix pour ne plus y penser.

Lancer la conversation sans que ça tourne au procès

Évitez les soirs de fatigue et les moments où vous êtes déjà en colère. Proposez un moment calme, prévu à l'avance. Et commencez par ce que vous vivez, pas par ce que l'autre ne fait pas :

« J'ai l'impression d'avoir une liste dans la tête qui ne s'arrête jamais, et ça m'épuise. J'aimerais qu'on regarde ensemble qui pense à quoi chez nous. Je ne cherche pas un coupable, je cherche à respirer. »

Si c'est vous qui recevez ce message, résistez au réflexe de répondre « mais je fais plein de choses ». C'est sans doute vrai, mais ce n'est pas la question. Essayez plutôt : « Montre-moi. Je veux comprendre ce que je ne vois pas. »

Quelques phrases reviennent souvent, et ont toutes une réponse :

  • « Tu le fais mieux que moi. » Peut-être, au début. On devient bon en pratiquant, pas l'inverse.
  • « On n'a pas les mêmes exigences. » C'est un vrai sujet. Mettez-vous d'accord une fois sur le minimum acceptable, puis laissez faire.
  • « Je n'y pense pas, c'est tout. » Justement : avec un domaine à vous, vous n'aurez pas le choix, et c'est ce qui fera changer l'habitude.

Trois choses à faire dès cette semaine

  • Si vous portez beaucoup : videz votre tête sur papier une fois. Tout ce à quoi vous pensez pour la maison. La liste, à elle seule, rend le sujet visible.
  • Si vous portez moins : choisissez un domaine et prenez-le en entier dès cette semaine, sans demander « je dois faire quoi ? ».
  • À deux : rendez l'organisation visible pour les deux, avec un agenda ou une liste partagés. Ce qui est sous les yeux des deux cesse d'être porté par un seul.

La charge mentale ne disparaît jamais tout à fait : une vie à deux demande qu'on y pense. Mais elle devient beaucoup plus légère quand elle se partage. Et la plupart des couples qui font cet exercice disent la même chose : le simple fait d'avoir été vu change déjà l'ambiance à la maison.

Questions fréquentes

C'est quoi exactement la charge mentale ?

C'est le travail invisible qui précède les tâches : remarquer ce qui manque, anticiper, décider, puis vérifier que c'est fait. Faire les courses se voit ; penser qu'il faut les faire, savoir quoi acheter et pour quand, ne se voit pas. C'est cette partie-là qui pèse.

Pourquoi la charge mentale pèse-t-elle surtout sur les femmes ?

Les enquêtes sur l'emploi du temps montrent depuis des décennies que les femmes assurent la plus grande part du travail domestique et de son organisation, en grande partie à cause de rôles appris très tôt. Ce n'est pas une règle : dans certains couples, c'est l'inverse, et la question se pose aussi dans les couples de même sexe.

Comment en parler sans que ça finisse en dispute ?

Choisissez un moment calme, prévu à l'avance. Parlez de ce que vous vivez plutôt que de ce que l'autre ne fait pas, puis listez ensemble les domaines de la maison avec une seule question pour chacun : qui y pense ? La conversation porte alors sur l'organisation, pas sur la bonne volonté de chacun.

Et si mon partenaire ne voit pas le problème ?

C'est fréquent, justement parce que ce travail est invisible. Écrire une fois, noir sur blanc, tout ce à quoi vous pensez pour la maison aide souvent plus qu'une longue explication. Si malgré tout le dialogue reste bloqué et que l'épuisement s'installe, un conseiller conjugal peut aider à remettre le sujet sur la table.

Dix minutes par soir, rien qu’à vous deux

Duoly installe le rendez-vous dont parle cet article — une question le soir, des jeux à deux, des sorties — sans que personne ait à y penser.

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Cet article s'appuie sur des travaux de recherche publiés, cités avec leurs auteurs. Il a une vocation d'information et ne remplace pas l'accompagnement d'un psychologue, d'un thérapeute de couple ou d'un médecin.