Les 4 réflexes qui abîment un couple (et quoi faire à la place)

Mis à jour le 17/08/20266 min de lecture

Un couple assis sur un canapé, en pleine discussion difficile

Un chercheur américain, John Gottman, a observé pendant des années des couples en train de se disputer. Il a repéré quatre réflexes qui, quand ils deviennent une habitude, usent un couple plus que tout le reste : attaquer la personne au lieu du problème, regarder l'autre de haut, se défendre au lieu d'écouter, et se fermer complètement. Tout le monde y tombe un jour. Ce qui compte, c'est de les reconnaître et de savoir quoi faire à la place.

Une dispute banale, un mardi soir

Vous rentrez fatigué. L'évier déborde, alors que c'était « son tour ». La phrase sort toute seule : « Tu ne fais jamais rien ici. » L'autre répond du tac au tac : « Et toi, tu crois que tu fais tout ? » Dix minutes plus tard, plus personne ne parle de la vaisselle. On parle de qui en fait le plus depuis trois ans, de la mère de l'un, d'un vieux week-end raté. Puis le silence. Chacun sur son téléphone, chacun de son côté du canapé.

Si cette scène vous dit quelque chose, rassurez-vous : elle est extrêmement courante. Et elle a été très étudiée.

À partir des années 1980, le psychologue John Gottman, à l'université de Washington, a invité des centaines de couples à discuter d'un sujet qui fâche devant une caméra. Il notait leurs mots, leurs expressions, et même les battements de leur cœur. Puis il a suivi ces couples pendant des années, pour voir lesquels restaient ensemble.

Sa découverte principale est simple : ce n'est pas le nombre de disputes qui use un couple, c'est la façon de se disputer. Et dans les couples qui finissaient par se séparer, quatre réflexes revenaient sans cesse.

À retenir : se disputer n'est pas le problème. Ces quatre réflexes arrivent à tout le monde un jour de fatigue. Ils deviennent dangereux quand ils s'installent et qu'ils remplacent la conversation.

1. Attaquer la personne au lieu du problème

Il y a une grande différence entre se plaindre d'un fait et s'en prendre à ce que l'autre est.

« Tu as oublié de sortir les poubelles, ça m'énerve » parle d'un fait. « Tu oublies toujours tout, tu ne fais attention à rien » parle de la personne. Et une personne attaquée ne cherche plus à régler le problème : elle cherche à se défendre.

Les signes sont faciles à repérer : les mots « toujours » et « jamais », et les phrases qui commencent par « tu es… ». « Tu ne m'appelles jamais », dans un couple à distance. « Tu ne penses jamais aux enfants », chez des parents épuisés. « Tu es tellement égoïste », n'importe où.

Quoi dire à la place : une phrase en trois temps. Ce qui s'est passé, ce que ça vous a fait, ce que vous aimeriez.

  • « Les poubelles sont restées hier soir. Ça m'a agacé parce que j'avais l'impression d'être seul à y penser. Tu peux t'en occuper ce soir ? »
  • « On ne s'est pas appelés depuis trois jours. Tu me manques, et je me suis senti un peu oublié. On se cale un appel demain soir ? »

Ce n'est pas une question de politesse. C'est une phrase à laquelle l'autre peut répondre autrement qu'en contre-attaquant.

2. Le mépris : quand on se met au-dessus de l'autre

Le mépris, c'est la critique avec, en plus, un air de supériorité. Les yeux qui se lèvent au ciel. Le soupir appuyé. Le sarcasme : « Bravo, quel génie. » L'imitation moqueuse de sa voix. La petite blague humiliante devant les amis.

Le message caché n'est plus « tu as tort ». C'est « tu vaux moins que moi ». Et c'est pour cela qu'il fait si mal.

Dans les observations de Gottman, c'est le mépris qui annonçait le plus nettement une séparation. On peut se mettre d'accord sur la vaisselle. On ne se met pas d'accord sur le respect.

Souvent, le mépris ne tombe pas du ciel. Il pousse sur des reproches jamais dits, accumulés pendant des mois. Si vous vous surprenez à lever les yeux au ciel, demandez-vous : qu'est-ce que je n'ai pas réussi à dire clairement ? Puis dites-le, sous forme de plainte simple, comme plus haut.

Quoi faire à la place : le remède se joue surtout en dehors des disputes. C'est l'habitude de remarquer ce que l'autre fait de bien, et de le lui dire. Pas un grand discours : une phrase précise. « Merci d'avoir géré l'appel avec le garagiste, ça m'a enlevé un poids. » « J'ai aimé comment tu as parlé à ma sœur tout à l'heure. » Un couple qui se dit souvent ce genre de choses glisse beaucoup moins vers le mépris quand la tension monte.

3. Se défendre au lieu d'écouter

Quand on se sent accusé, se défendre est un réflexe naturel. Il prend deux formes :

  • la contre-attaque : « Et toi alors ? La semaine dernière, tu as… » ;
  • l'excuse : « Ce n'est pas ma faute, j'ai eu une journée horrible. »

Vous avez peut-être raison sur le fond. Mais l'autre entend une seule chose : « ton problème ne compte pas ». La conversation ne porte plus sur ce qui le gênait. Elle devient un match pour savoir qui a le plus de torts. Et ce match, personne ne le gagne.

Quoi faire à la place : reconnaître une part, même petite. « Tu as raison, j'ai oublié. Je comprends que ça t'ait énervée. » Cela ne veut pas dire que vous acceptez tout. Vous pourrez donner votre version ensuite. Mais en commençant par ce qui est vrai dans le reproche, vous faites baisser la température plus vite qu'avec n'importe quelle explication.

Duoly, l’app des couplesLe rendez-vous du soir qui remet la conversation au centre.

4. Se fermer : quand l'autre ne répond plus

Vous parlez, et en face, plus rien. Le regard sur le téléphone. Des réponses d'un mot. « Laisse tomber. » Parfois, l'autre quitte la pièce sans un mot.

Vu de l'extérieur, ça ressemble à de l'indifférence. Gottman a observé l'inverse : chez la personne qui se ferme, le cœur bat souvent très vite, parfois au-delà de cent battements par minute. Elle n'est pas froide. Elle est débordée, et elle se coupe pour ne plus rien recevoir. À ce stade, on n'arrive plus à écouter ni à réfléchir calmement.

C'est pour cela qu'insister ne marche pas. Plus vous parlez, plus l'autre se ferme.

Quoi faire à la place : une pause annoncée, avec une heure de retour.

  • Si c'est vous qui saturez : « Je suis à bout, je n'arrive plus à t'écouter. J'ai besoin de vingt minutes. On en reparle à 21 h. »
  • Pendant la pause, faites autre chose : marcher, prendre une douche, écouter de la musique. Évitez de rejouer la dispute dans votre tête, ça entretient la colère.
  • Et revenez vraiment à l'heure dite.

Une pause sans heure de retour, l'autre la vit comme un abandon. Une pause avec une heure de retour, il la vit comme une respiration.

Ce qui protège un couple, au jour le jour

Bonne nouvelle : les couples qui durent ne sont pas des couples sans tension. Gottman a remarqué autre chose. Pendant leurs désaccords, les gestes positifs restaient bien plus nombreux que les négatifs, de l'ordre de cinq pour un. Un sourire, une pointe d'humour, un « je vois ce que tu veux dire », une main sur le bras, au milieu même de la dispute.

Ces gestes ne s'inventent pas sur le moment. Ils viennent du reste de la vie commune. Quand on se sent apprécié au quotidien, on accorde plus facilement à l'autre le bénéfice du doute le jour où ça frotte.

Trois petites choses à essayer dès ce soir :

  • Dites une chose précise que vous avez appréciée aujourd'hui. Pas « t'es génial », mais « merci d'avoir pensé à acheter du pain ».
  • Repérez votre réflexe préféré parmi les quatre. On en a tous un. Le nommer pour soi, c'est déjà commencer à le freiner.
  • Mettez-vous d'accord, à froid, sur un mot pour faire pause. Un mot à vous, que chacun peut dire quand la tension monte trop.

Pour aller plus loin sur la manière de traverser une dispute, lisez notre article Se disputer sans se détruire.

Quand ce n'est plus une dispute

Tout ce qui précède concerne des couples où chacun peut parler sans avoir peur. Certaines situations sont d'une autre nature : des insultes ou des humiliations régulières, des menaces, des coups, un partenaire qui contrôle votre téléphone, votre argent ou vos fréquentations, la peur de sa réaction avant de dire quelque chose.

Ce n'est plus un problème de communication, et ce n'est pas à vous de « mieux formuler ». En France, le 3919 est gratuit, anonyme et joignable 24 h/24 : on vous y écoute et on vous oriente. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112. Si vous ne pouvez pas parler, vous pouvez envoyer un SMS au 114.

Pour les couples sans violence mais coincés dans ces réflexes depuis longtemps, une thérapie de couple aide beaucoup. Un tiers formé permet de remettre de la parole là où, à deux, on n'y arrive plus.

Questions fréquentes

Quels sont les signes qu'un couple va mal ?

Quand les mêmes réflexes reviennent à chaque désaccord : attaquer la personne plutôt que le problème, se moquer de l'autre de haut, se défendre au lieu d'écouter, ou se fermer complètement. Les avoir de temps en temps est normal. Le signal d'alerte, c'est quand ils deviennent la façon habituelle de se parler.

Pourquoi le mépris est-il le plus grave ?

Parce qu'il ne dit pas « tu as tort » mais « tu vaux moins que moi ». Dans les observations de John Gottman, c'était le signe qui annonçait le plus nettement une séparation. On peut négocier un désaccord, pas le respect.

Faut-il éviter de se disputer pour protéger son couple ?

Non. Les couples qui durent ne se disputent pas forcément moins. Ils se disputent autrement : ils parlent du problème plutôt que de la personne, reconnaissent leur part, font une pause quand ça déborde, et se disent souvent ce qu'ils apprécient en dehors des disputes.

Quand consulter un thérapeute de couple ?

Quand un sujet est devenu impossible à aborder sans exploser, quand le mépris s'est installé, ou après une trahison. En cas de violence, de menaces ou de contrôle, la priorité est d'abord de se protéger : en France, le 3919 est gratuit, anonyme et ouvert 24 h/24.

Dix minutes par soir, rien qu’à vous deux

Duoly installe le rendez-vous dont parle cet article — une question le soir, des jeux à deux, des sorties — sans que personne ait à y penser.

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Cet article s'appuie sur des travaux de recherche publiés, cités avec leurs auteurs. Il a une vocation d'information et ne remplace pas l'accompagnement d'un psychologue, d'un thérapeute de couple ou d'un médecin.