Couple après bébé : pourquoi ça secoue, et comment rester une équipe

Mis à jour le 07/10/20266 min de lecture

Deux jeunes parents penchés ensemble sur leur bébé, dans leur salon

Il est trois heures du matin, le bébé pleure, et vous vous surprenez à en vouloir à l'autre de dormir. Si votre couple tangue depuis la naissance, vous êtes dans le cas le plus courant : les études montrent depuis longtemps que beaucoup de parents se sentent moins bien dans leur couple la première année. Ce n'est pas le signe que vous vous êtes trompés l'un sur l'autre. Et ce n'est pas une fatalité : une partie des couples traverse cette période sans dégâts, et ce qui les aide est bien connu.

Si votre couple tangue depuis la naissance, vous n'êtes pas seuls

Avant, il y avait des soirées, des conversations, des grasses matinées. Maintenant, vous vous croisez entre deux biberons. Vous parlez couches, rendez-vous chez le pédiatre, et de qui a le moins dormi. Vous vous aimez, mais vous avez parfois l'impression d'être devenus deux collègues épuisés.

C'est l'une des choses les mieux connues de la recherche sur les couples. Dès 2003, des chercheurs (Jean Twenge et ses collègues) ont rassemblé des dizaines d'études sur le sujet. En moyenne, les parents sont un peu moins satisfaits de leur couple que les personnes sans enfant. L'écart est le plus fort chez les mères de bébés : dans ces études, à peine plus d'une sur trois se disait très satisfaite de son couple, contre six femmes sans enfant sur dix.

Une autre équipe, menée par Brian Doss, a suivi plus de deux cents couples pendant huit ans, depuis leur mariage. Chez ceux qui ont eu un enfant, la relation s'est dégradée d'un coup après la naissance. Cela touchait les pères autant que les mères. Les couples restés sans enfant s'usaient aussi un peu avec le temps, mais doucement, sans cette chute brutale.

À retenir : si votre couple traverse une zone de turbulences dans l'année qui suit une naissance, vous êtes dans la norme, pas dans l'exception. Ça ne veut pas dire que vous n'êtes pas faits l'un pour l'autre.

Pas une fatalité pour autant

Il y a une nuance importante, et elle est rassurante.

D'abord, toutes les études ne trouvent pas une baisse aussi forte. Plusieurs grandes synthèses montrent qu'elle est surtout marquée la première année, puis qu'elle s'atténue. Et que les couples sans enfant connaissent eux aussi une petite usure au fil des premières années de vie commune : le bébé n'explique pas tout.

Ensuite, ce sont des moyennes. Derrière, il y a des couples très différents. Certains vivent une vraie crise, d'autres une période un peu tendue, d'autres encore se sentent plus proches qu'avant. Ce qui fait la différence n'est pas qu'une question de chance, ni d'avoir un bébé « facile ». Les chercheurs ont réussi à repérer ce qui protège, et c'est à la portée de presque tous les couples.

Ce qui aide les couples qui s'en sortent bien

En 2000, Alyson Shapiro et John Gottman ont suivi pendant plusieurs années de jeunes mariés, dont une partie sont devenus parents. Environ deux mères sur trois ont vu leur satisfaction baisser. Mais une sur trois, non. Et ce qui distinguait ces couples se voyait déjà avant l'arrivée du bébé.

Dans les couples qui tenaient le coup, on retrouvait trois choses :

  • De la tendresse qui continue. Le partenaire montrait de l'affection et de l'admiration, même dans les petites choses du quotidien.
  • De l'intérêt pour la vie de l'autre. Chacun restait curieux de ce que l'autre vivait, et parlait du couple comme d'un « nous ».
  • Des problèmes abordés ensemble. Face à une difficulté, on se demandait « comment on fait ? » plutôt que « c'est de ta faute ».

À l'inverse, les reproches à répétition, la déception envers la relation et l'impression de vivre dans le chaos annonçaient une période plus difficile. L'équipe de Gottman en a tiré un atelier pour futurs parents. Les premiers résultats sont encourageants, mais ils ont été mesurés par ses propres créateurs : à prendre comme une piste utile, pas comme une baguette magique.

Qui fait quoi : le déséquilibre qui s'installe sans bruit

Avec un bébé, le travail à la maison explose. Et il se répartit souvent sans que personne l'ait vraiment décidé. Celui ou celle qui est en congé le plus longtemps prend le rythme, apprend les gestes, sait où sont les bodies propres et à quelle heure tombe la sieste. Quelques mois plus tard, c'est devenu « son » domaine.

Des chercheuses américaines (Jill Yavorsky, Claire Kamp Dush et Sarah Schoppe-Sullivan) ont demandé à des couples où les deux travaillaient de noter précisément leur emploi du temps, avant et après leur premier enfant. Avant la naissance, hommes et femmes travaillaient autant, en comptant le travail payé et celui de la maison. Neuf mois après, les mères avaient ajouté plus de deux heures de travail par jour. Les pères, environ quarante minutes.

Le plus frappant : quand on leur posait simplement la question, les deux parents pensaient en faire plus qu'en réalité. Seul le carnet détaillé montrait l'écart. C'est ce qu'on décrit dans notre article sur la charge mentale : une grande partie du travail ne se voit pas de l'intérieur.

Et quand ce partage ne ressemble pas à ce qu'on avait imaginé avant la naissance, la déception pèse lourd. Une étude plus ancienne (Lisa Hackel et Diane Ruble) le montrait déjà : quand le partage espéré n'arrive pas, on juge son couple plus sévèrement. Cela vaut pour tous les couples, quels qu'ils soient : la personne qui reste le plus à la maison au début prend vite plus que sa part, sans que l'autre s'en rende compte.

Duoly, l’app des couplesLe rendez-vous du soir qui remet la conversation au centre.

La fatigue, cette grande oubliée

On en parle peu, alors qu'elle change tout. Quand on dort mal pendant des semaines, on devient plus irritable, moins patient, et on interprète plus facilement de travers ce que fait l'autre. Un soupir devient un reproche. Un oubli devient de l'égoïsme. Des chercheurs (Medina et ses collègues) ont d'ailleurs proposé de voir le manque de sommeil comme l'une des causes de la baisse de satisfaction après une naissance.

Gardez ceci en tête au milieu d'une nuit difficile : une phrase sèche à trois heures du matin en dit souvent plus sur l'épuisement que sur votre couple. Deux règles simples peuvent vous éviter bien des disputes :

  • Pas de grande discussion la nuit, ni quand l'un des deux tient à peine debout. « On en reparle demain, après la sieste » est une phrase précieuse.
  • Ce qui a été dit dans la fatigue n'est pas définitif. On a le droit de dire le lendemain : « Je ne pensais pas ce que j'ai dit, j'étais à bout. »

Ce que vous pouvez faire, avant et après la naissance

  • Parlez des attentes avant. Qui se lève la nuit ? Qui prend quel congé ? Qui gère les rendez-vous, les courses, le linge ? Le dire à voix haute évite beaucoup de déceptions silencieuses.
  • Regardez les faits ensemble, sans chercher de coupable. Pendant une semaine, notez qui fait quoi. Puis regardez la liste ensemble. L'écart surprend souvent les deux.
  • Gardez dix minutes à deux par jour. Pas besoin d'un restaurant, irréaliste les premiers mois. Dix minutes où l'on parle d'autre chose que du bébé : de sa journée, d'un souvenir, d'une envie.
  • Continuez les petits gestes. Un merci, une main sur l'épaule, un « tu gères vraiment bien ». C'est exactement ce qui protégeait les couples dans l'étude de Shapiro et Gottman.
  • Traitez le sommeil comme une priorité. Des nuits en alternance, une sieste chacun le week-end, l'aide des proches quand c'est possible.
  • Demandez de l'aide tôt. Si l'un de vous deux est triste, à bout ou irritable depuis plusieurs semaines, parlez-en à un médecin, une sage-femme ou à la PMI. Les difficultés psychologiques après une naissance sont fréquentes, touchent aussi les pères et les co-parents, et se soignent. En cas d'idées noires, le 3114 répond gratuitement, jour et nuit.

Rien de tout cela n'empêchera les nuits courtes. Mais savoir que la tempête est normale change la façon de la traverser : comme une équipe fatiguée, plutôt que comme deux personnes qui se reprochent une fatigue que le bébé explique très bien. Cette période est exigeante, mais elle ne décide pas de la suite. Ce que vous faites ensemble maintenant, même en petit, compte.

Questions fréquentes

Est-ce normal que le couple aille moins bien après un bébé ?

Oui. La baisse de satisfaction dans le couple au cours de l'année qui suit une naissance est l'un des résultats les mieux établis de la recherche. Elle est en moyenne modérée, touche les deux parents, et ne concerne pas tous les couples.

Combien de temps dure la période difficile après une naissance ?

Les études montrent une baisse surtout marquée la première année, plus faible ensuite. Dans une étude qui a suivi des couples pendant huit ans, l'effet avait tendance à durer : mieux vaut donc y prêter attention tôt plutôt qu'attendre que ça passe tout seul.

Qu'est-ce qui protège le couple après l'arrivée d'un enfant ?

Les travaux d'Alyson Shapiro et John Gottman montrent l'importance de la tendresse qui continue, de l'intérêt pour la vie de l'autre et du fait d'affronter les difficultés ensemble. Parler des attentes avant la naissance et regarder ensemble qui fait quoi aide aussi.

Pourquoi se dispute-t-on plus sur les tâches après bébé ?

Parce que le travail à la maison augmente beaucoup et se répartit souvent de façon inégale sans que personne l'ait décidé. Une étude américaine a montré que les mères ajoutaient plus de deux heures de travail par jour, contre environ quarante minutes pour les pères, et que les deux parents surestimaient leur propre part.

Dix minutes par soir, rien qu’à vous deux

Duoly installe le rendez-vous dont parle cet article — une question le soir, des jeux à deux, des sorties — sans que personne ait à y penser.

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Cet article s'appuie sur des travaux de recherche publiés, cités avec leurs auteurs. Il a une vocation d'information et ne remplace pas l'accompagnement d'un psychologue, d'un thérapeute de couple ou d'un médecin.