Dispute de couple : comment se disputer sans se faire de mal

Mis à jour le 17/08/20266 min de lecture

Une femme enlace son partenaire, le visage apaisé après une tension

Une dispute de couple ne se juge pas à son volume ni à sa fréquence. Ce qui compte, c'est la façon dont elle commence, la capacité de chacun à calmer le jeu en cours de route, et la manière d'en reparler une fois apaisés. Les couples qui durent ne se disputent pas forcément moins que les autres : ils savent mieux démarrer, s'arrêter à temps et réparer. Et ça, ça s'apprend.

Minuit, dans la cuisine, à voix basse

Ça avait commencé par une question simple : « On va chez tes parents à Noël, ou pas cette année ? » Une heure plus tard, vous êtes encore dans la cuisine, à voix basse pour ne pas réveiller les enfants. On ne parle plus de Noël. On parle de sa mère, de la fois où, de « tu fais toujours ça ». À minuit, chacun va se coucher de son côté du lit. Le lendemain matin, le café est froid, l'ambiance aussi, et personne n'en reparle.

Si vous vous reconnaissez, sachez d'abord ceci : se disputer n'est pas le signe que votre couple va mal. Le psychologue américain John Gottman, qui a observé et suivi des centaines de couples pendant des années, a montré que la fréquence des disputes dit peu de choses sur l'avenir d'un couple. Ce qui en dit beaucoup, c'est la manière de se disputer.

Voici ce qu'il a observé, et ce que vous pouvez en faire.

Tout se joue dans les premières phrases

Dans les études de Gottman, la façon dont s'ouvraient les premières minutes d'une discussion tendue permettait souvent de deviner comment elle allait se terminer. Une entrée brutale, avec un reproche global, un sarcasme ou un ton de procureur, condamne presque toujours la suite, quels que soient les efforts faits ensuite.

La raison est simple : une attaque appelle une défense. Dès la première phrase accusatrice, on ne parle plus du problème, on fait un procès. Et chacun plaide au lieu d'écouter.

Un démarrage en douceur tient en trois temps : ce qui s'est passé, ce que ça vous fait, ce que vous aimeriez.

  • Au lieu de « Tu fais toujours passer ta famille avant nous » : « Les trois derniers Noëls, on les a passés chez tes parents. J'ai besoin qu'on en parle, parce que ça me pèse un peu. J'aimerais qu'on trouve une façon d'alterner. »
  • Au lieu de « Tu n'écoutes jamais rien » : « Je t'ai parlé de mon rendez-vous deux fois et tu l'as oublié. Ça m'a vexé. Tu peux le noter dans ton agenda ? »
À retenir : on rattrape très rarement une conversation mal commencée. Mieux vaut attendre dix minutes et commencer autrement que se lancer sous le coup de la colère.

Les perches tendues en pleine dispute

Gottman appelle « tentatives de réparation » tout ce qui, pendant une dispute, cherche à faire baisser la tension sans fermer le sujet. Une pointe d'humour. Une main posée sur le bras. Un « attends, on recommence ». Un « pardon, c'était méchant ». Un « on est dans la même équipe, là ».

Ce qu'il a découvert est surprenant. Les couples heureux n'en font pas forcément plus que les couples en difficulté. La différence, c'est que chez eux, la perche est saisie. Quand il y a beaucoup de rancœur, la même phrase est entendue comme une manœuvre ou une façon d'esquiver, et elle tombe à plat.

Deux conseils pratiques :

  • Saisissez les perches. Accepter la main tendue, ce n'est pas capituler ni donner raison à l'autre. C'est choisir votre couple plutôt que le point à marquer.
  • Choisissez votre signal à l'avance. Un mot, un geste, une blague à vous, décidé un jour où tout va bien. Au milieu d'une dispute, on le reconnaît bien plus facilement qu'une phrase improvisée.

Quand l'un des deux déborde

Gottman mesurait le cœur des partenaires pendant leurs disputes. Au-delà d'environ cent battements par minute, le corps passe en mode alarme. On n'arrive plus à écouter, à nuancer, à réfléchir. Il ne reste que trois options : attaquer, se défendre ou fuir.

À ce moment-là, tout ce qu'on dit à l'autre est perdu. Insister ne fait pas avancer la discussion, ça prolonge l'état qui la rend impossible. C'est aussi ce qui explique le silence de certains partenaires pendant les disputes : ce n'est pas de l'indifférence, c'est une surcharge.

La solution : une vraie pause, d'au moins vingt minutes. C'est à peu près le temps qu'il faut au corps pour redescendre. Trois respirations ne suffisent pas. Pour que la pause soit bien vécue :

  • Annoncez-la, avec une heure de retour. « Je suis trop énervé pour bien t'écouter. Je fais un tour et on reprend à 21 h 30. » Sans heure de retour, l'autre la vit comme un abandon.
  • Faites autre chose : marcher, prendre une douche, écouter de la musique.
  • Ne rejouez pas la dispute dans votre tête. Préparer vos prochains arguments vous garde exactement dans l'état dont vous essayez de sortir.

La plupart de vos désaccords ne se régleront jamais (et ce n'est pas grave)

C'est sans doute le résultat le plus libérateur des travaux de Gottman. En suivant des couples pendant des années, il a remarqué qu'environ deux tiers de leurs sujets de dispute revenaient sans cesse. Pas parce qu'ils s'y prenaient mal, mais parce que ces désaccords viennent de différences durables entre deux personnes : de caractère, de valeurs, de besoins.

L'ordre et le désordre. Dépenser ou mettre de côté. Sortir beaucoup ou rester tranquille. La place des familles. Ces sujets ne disparaissent pas. Les couples qui durent ne les ont pas réglés : ils ont appris à en parler sans que ça dégénère, parfois même avec humour.

Le danger n'est donc pas le désaccord. C'est l'impasse : la même dispute, presque mot pour mot, avec de moins en moins d'humour et de plus en plus de rancœur, jusqu'à ce que le sujet devienne intouchable.

Pour en sortir, cherchez ce que la position de l'autre protège. Derrière une position rigide, il y a presque toujours un besoin, une peur ou une histoire. Essayez ces questions :

  • « Qu'est-ce qui est vraiment important pour toi là-dedans ? »
  • « Est-ce que ça te rappelle quelque chose de ton enfance ? »
  • « Qu'est-ce que tu as peur qu'il se passe si on fait comme moi je veux ? »

On peut comprendre un besoin qu'on ne partage pas. Et une fois compris, on trouve souvent un arrangement qu'on n'imaginait pas.

Duoly, l’app des couplesLe rendez-vous du soir qui remet la conversation au centre.

Trois conseils connus qui ne marchent pas toujours

« Ne jamais se coucher fâchés. » L'intention est belle. Mais elle pousse à continuer à minuit, épuisés, encore à cran. Mieux vaut s'arrêter en le disant, et fixer un moment pour reprendre : « On est trop fatigués. On en reparle demain au petit déjeuner, d'accord ? » Se coucher fâchés avec un rendez-vous pour le lendemain vaut mieux qu'une bataille de plus.

« Il faut tout se dire sur le moment. » Ce qui sort spontanément sous la colère, ce sont justement les reproches globaux et les phrases qui blessent. Attendre quelques heures pour dire les choses calmement, ce n'est pas cacher : c'est leur donner une chance d'être entendues.

« Il faut trancher une bonne fois pour toutes. » Sur un désaccord qui revient toujours, cette exigence transforme chaque conversation en bataille finale, que personne ne peut gagner. Accepter de ne pas trancher, ce n'est pas arrêter d'en parler. C'est ce qui permet d'en reparler.

Le lendemain : finir vraiment la dispute

Beaucoup de couples arrêtent leurs disputes sans les finir. On passe à autre chose, chacun garde sa version, et l'épisode rejoint la pile des vieux griefs, prêt à ressortir la fois suivante.

Revenir dessus à froid, le lendemain plutôt que le soir même, change tout. Partez d'une idée simple : il existe deux films de la même scène, et les deux sont vrais. Chacun raconte ce qu'il a ressenti. L'autre écoute sans corriger ni se justifier. Il n'y a pas de juge, pas de verdict.

Puis une seule question, posée dans les deux sens : « Qu'est-ce que je pourrais faire pour que la prochaine fois se passe mieux ? » Une réponse chacun suffit.

Ce retour au calme n'est pas réservé aux couples qui vont bien. C'est lui qui transforme une dispute en information sur l'autre, au lieu d'en faire une blessure de plus.

Quand ce n'est plus une dispute

Tout ce qui précède suppose que chacun peut parler sans avoir peur. Si les disputes s'accompagnent de menaces, d'humiliations, de coups, de bris d'objets, ou si vous avez peur de la réaction de l'autre, ce n'est plus un problème de communication.

En France, le 3919 est gratuit, anonyme et joignable 24 h/24. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112, ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler.

Et si, sans violence, la même dispute revient en boucle depuis des mois, un thérapeute de couple peut vous aider à sortir de l'impasse. Ce n'est pas un échec : c'est souvent ce qui permet de retrouver le plaisir d'être ensemble.

Questions fréquentes

Est-ce mauvais signe de se disputer souvent en couple ?

Pas forcément. Les travaux de John Gottman montrent que la fréquence des disputes dit peu de choses sur l'avenir d'un couple. Ce qui compte, c'est la manière : un couple qui se dispute souvent mais démarre en douceur, sait faire une pause et en reparle à froid va mieux qu'un couple qui se dispute rarement mais avec mépris.

Comment calmer une dispute qui s'envenime ?

Tendez une perche : un mot d'humour, un geste, un début d'excuse, un « on est dans la même équipe ». Si la tension est trop forte pour qu'elle soit entendue, faites une pause d'au moins vingt minutes, en annonçant l'heure à laquelle vous reprendrez.

Faut-il régler toutes les disputes ?

Non. Selon les observations de Gottman, environ deux tiers des sujets de dispute d'un couple reviennent sans cesse, parce qu'ils viennent de différences durables entre les deux partenaires. Le but n'est pas de les régler une fois pour toutes, mais de pouvoir en parler sans que ça dégénère.

Que faire après une grosse dispute ?

Y revenir à froid, plutôt le lendemain : chacun raconte ce qu'il a ressenti sans être interrompu, puis chacun dit une chose qu'il pourrait faire autrement la prochaine fois. Si la même dispute revient en boucle et de plus en plus fort, un thérapeute de couple peut aider. En cas de peur ou de violence, le 3919 est gratuit et anonyme.

Dix minutes par soir, rien qu’à vous deux

Duoly installe le rendez-vous dont parle cet article — une question le soir, des jeux à deux, des sorties — sans que personne ait à y penser.

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Cet article s'appuie sur des travaux de recherche publiés, cités avec leurs auteurs. Il a une vocation d'information et ne remplace pas l'accompagnement d'un psychologue, d'un thérapeute de couple ou d'un médecin.