La jalousie dans le couple : normale ou toxique ? Où passe la limite

Mis à jour le 07/10/20266 min de lecture

Une femme jette un regard inquiet vers le téléphone de son compagnon

Son téléphone vibre, l'autre sourit en lisant le message, et vous sentez un pincement au ventre. La jalousie est une émotion normale : c'est la peur de perdre quelqu'un qui compte. Ce qui pose problème, ce n'est pas de la ressentir, même fort. C'est ce qu'on en fait. Être blessé par quelque chose de réel, c'est humain. Soupçonner sans raison, en boucle, use le couple. Et fouiller, surveiller ou empêcher l'autre de vivre, ce n'est plus de la jalousie : c'est du contrôle.

Ce pincement que presque tout le monde connaît

Un prénom qui revient un peu trop souvent dans ses histoires de boulot. Une photo de soirée où vous n'étiez pas. Un « j'aime » sur la photo d'un ex. Un message reçu à 23 heures. Sur le moment, quelque chose se serre. Vous savez que ce n'est sans doute rien, mais l'idée tourne.

Ressentir ça ne dit rien de grave sur vous ni sur votre couple. La jalousie est une réaction à une menace, réelle ou imaginée, sur une relation à laquelle on tient. Presque tout le monde l'a vécue, à 20 ans comme à 50.

Mais attention à une idée reçue tenace : la jalousie n'est pas une preuve d'amour. Des psychologues (Susan Pfeiffer et Paul Wong) ont montré dès 1989 qu'elle recouvre en fait trois choses différentes : ce qu'on ressent (le pincement), ce qu'on imagine (les soupçons, les scénarios) et ce qu'on fait (vérifier, fouiller, interroger). Le pincement peut aller avec beaucoup d'amour. Les soupçons, eux, vont plutôt avec moins d'amour, et les trois avec une relation dans laquelle on se sent moins bien.

À retenir : « être jaloux » recouvre trois choses : ressentir, soupçonner, surveiller. Ce sont les deux dernières qui abîment le couple, bien plus que la première.

Deux jalousies très différentes

Un psychologue néerlandais, Bram Buunk, a proposé une distinction très utile.

La première, c'est la jalousie qui réagit. Il s'est passé quelque chose de réel : l'autre a flirté ouvertement devant vous, ou entretient avec quelqu'un une proximité qui vous met mal à l'aise. Être blessé dans ce cas, c'est normal. C'est un signal qui mérite une conversation.

La deuxième, c'est la jalousie inquiète. Rien de précis ne s'est passé, mais votre tête fabrique des scénarios. Vous imaginez, vous recoupez, vous ruminez. Elle n'a pas besoin de faits pour s'allumer, et aucun fait ne suffit à l'éteindre.

Cette différence compte beaucoup. Des chercheurs néerlandais (Dick Barelds et Pieternel Barelds-Dijkstra) ont interrogé des centaines de couples mariés ou vivant ensemble. La jalousie qui réagit allait plutôt de pair avec une bonne relation. La jalousie inquiète, avec une relation de moins bonne qualité. Autrement dit, être contrarié quand il se passe vraiment quelque chose n'use pas un couple. Ce qui l'use, c'est le soupçon permanent.

La bonne question n'est donc pas « suis-je trop jaloux ? », mais « ma jalousie réagit-elle à un fait, ou à une peur ? ».

Pourquoi certains ruminent plus que d'autres

Face au même message, une personne passe à autre chose en deux secondes, une autre n'en dort pas. Ce n'est pas une question de faiblesse. Une partie de la réponse se trouve dans notre histoire.

Certaines personnes ont appris, souvent très tôt, que l'amour pouvait disparaître sans prévenir. Adultes, elles restent en alerte : la moindre distance de l'autre ressemble à un début d'abandon. Les psychologues parlent d'attachement « anxieux » ; nous l'expliquons simplement dans notre article sur l'attachement.

Dans les études de Bram Buunk, ce sont ces personnes qui se montraient les plus jalouses. Et la chercheuse Laura Guerrero a observé qu'elles avaient aussi davantage tendance à surveiller leur partenaire. C'est un point essentiel : quand on vérifie, on répond moins à ce que fait l'autre qu'à une inquiétude intérieure. C'est pour ça qu'aucune vérification ne rassure longtemps. On regarde, ce n'est rien, on est soulagé dix minutes… puis l'inquiétude revient et réclame une autre preuve.

Les réseaux sociaux, une machine à soupçons

Les stories, les « vu à 23 h 12 », les abonnements, les « j'aime » : tout est visible, et presque rien n'est clair. En 2009, des chercheurs canadiens (Amy Muise et ses collègues) ont montré chez des étudiants que plus on passe de temps sur Facebook, plus on y ressent de jalousie. Ils décrivent une boucle : une information floue sur l'autre fait naître un doute, le doute pousse à regarder encore, et en regardant on trouve de nouvelles informations floues.

Si vous vous reconnaissez dans cette boucle, vous n'êtes pas seul. Et la sortie ne se trouve pas dans une recherche de plus, mais dans le fait d'arrêter de chercher. C'est difficile, mais c'est la seule chose qui fasse vraiment baisser l'inquiétude avec le temps.

Duoly, l’app des couplesLe rendez-vous du soir qui remet la conversation au centre.

La limite : quand la jalousie devient du contrôle

Il y a une ligne claire, et elle ne dépend pas de l'intensité de ce qu'on ressent. Elle dépend de ce qu'on fait.

Lire le téléphone de l'autre en cachette, exiger ses codes, suivre sa position, l'interroger sur chaque personne à qui il parle, lui reprocher de voir ses amis : ce n'est pas de la jalousie « un peu forte ». C'est autre chose. Le sociologue Evan Stark a donné un nom à ces comportements quand ils s'additionnent : le contrôle coercitif. En clair, c'est le fait de réduire petit à petit la liberté de l'autre (ses sorties, ses amis, son argent, son téléphone), souvent sans jamais lever la main.

En Angleterre et au pays de Galles, ce contrôle est puni par la loi depuis 2015. En France, des tribunaux s'appuient déjà sur cette notion pour juger des violences conjugales, et le Parlement travaille à l'inscrire dans la loi.

Le problème de la surveillance n'est pas seulement qu'elle ne rassure pas. C'est qu'elle prive l'autre d'une liberté à laquelle il a droit. On peut aimer quelqu'un profondément et ne pas tout savoir de lui.

Que faire de sa propre jalousie

  • Parlez de ce que vous ressentez, pas de ce que vous soupçonnez. « Hier soir, je me suis senti mis de côté, j'ai besoin d'en parler » ouvre une discussion. « C'est qui, cette personne ? » ouvre un interrogatoire.
  • Séparez le fait de l'histoire que vous vous racontez. Le fait : un message tard le soir. L'histoire : « il s'éloigne », « elle me cache quelque chose ». Écrire les deux sur un papier aide souvent à voir l'écart.
  • Demandez à être rassuré, au lieu d'aller chercher la preuve. « J'ai besoin que tu me rassures un peu » est une demande légitime. Fouiller pour se rassurer ne marche pas, et abîme la confiance que vous vouliez vérifier.
  • Laissez passer l'envie. Quand l'envie de vérifier monte, attendez vingt minutes, sortez marcher, appelez un ami. Elle retombe souvent d'elle-même.
  • Faites-vous aider si ça tourne en boucle. Si les soupçons reviennent sans fait nouveau, le sujet n'est plus l'autre, c'est l'inquiétude elle-même. Un psychologue peut vraiment aider à la calmer.

Et si votre jalousie réagit à quelque chose de réel, elle mérite une vraie conversation sur les limites de chacun. Ce qui est normal pour l'un (garder contact avec un ex, sortir seul en soirée) ne l'est pas forcément pour l'autre. Ces règles-là se discutent à deux, à tête reposée.

Quand c'est l'autre qui vous surveille

Certains signes doivent vous alerter, surtout s'ils s'additionnent :

  • l'autre exige l'accès à votre téléphone ou à vos comptes ;
  • vous devez dire où vous êtes, avec qui, et le prouver ;
  • on vous reproche de voir vos amis ou votre famille, et vous les voyez de moins en moins ;
  • on contrôle vos dépenses ou vos sorties ;
  • vous pesez chacun de vos mots pour éviter une crise.

Même présentés comme de l'amour ou de l'inquiétude, ces comportements relèvent du contrôle. Vous n'avez pas besoin d'attendre des coups pour demander de l'aide. En France, le 3919 (Violences Femmes Info) est gratuit, anonyme et répond jour et nuit, y compris aux proches qui s'inquiètent. En cas de danger immédiat, appelez le 17, ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler. Quel que soit votre genre, le 116 006, numéro gratuit d'aide aux victimes, peut aussi vous écouter et vous orienter.

Questions fréquentes

La jalousie est-elle une preuve d'amour ?

Non. Le pincement de jalousie peut accompagner un amour fort, mais les recherches montrent que les soupçons répétés et la surveillance vont de pair avec une relation de moins bonne qualité. L'intensité de la jalousie ne mesure pas l'amour.

Quelle différence entre une jalousie normale et une jalousie maladive ?

La jalousie normale réagit à un fait réel et précis. La jalousie qui pose problème est un soupçon qui tourne en boucle sans menace concrète, et qui pousse à vérifier encore et encore. Des études néerlandaises montrent que la première va plutôt avec une bonne relation, la seconde avec une relation qui se dégrade.

Est-ce grave de regarder le téléphone de son partenaire ?

Fouiller le téléphone de l'autre sans son accord porte atteinte à sa liberté et à la confiance, et ne rassure pas durablement. Quand cela devient régulier (codes exigés, position suivie, contacts contrôlés), on parle de contrôle coercitif.

Comment savoir si la jalousie de mon partenaire est devenue du contrôle ?

Quand elle se traduit par des restrictions : surveiller vos messages ou vos déplacements, limiter vos sorties, vous éloigner de vos proches, contrôler votre argent. En France, le 3919 répond gratuitement et anonymement, jour et nuit ; en cas de danger immédiat, appelez le 17 ou envoyez un SMS au 114.

Dix minutes par soir, rien qu’à vous deux

Duoly installe le rendez-vous dont parle cet article — une question le soir, des jeux à deux, des sorties — sans que personne ait à y penser.

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Cet article s'appuie sur des travaux de recherche publiés, cités avec leurs auteurs. Il a une vocation d'information et ne remplace pas l'accompagnement d'un psychologue, d'un thérapeute de couple ou d'un médecin.