Quand l'un veut un enfant et l'autre non

Mis à jour le 25/10/20266 min de lecture

Un couple assis face à face dans un salon, en pleine conversation sérieuse

Quand l'un veut un enfant et l'autre non, il n'existe pas de moitié de bébé : c'est l'un des rares désaccords sans compromis à mi-chemin. Mais tout n'est pas joué d'avance. Des chercheurs qui ont suivi des milliers de personnes pendant des années ont observé que l'envie d'enfant bouge souvent avec le temps, dans un sens comme dans l'autre. La première étape est donc de comprendre où en est vraiment chacun : un « non » définitif, un « pas maintenant », ou un « j'ai peur ». Ensuite, on décide à deux, sans que personne ne cède seulement pour éviter le conflit, parce que ce genre de concession finit presque toujours par peser.

La question qui revient à chaque mariage d'amis

Un dimanche, chez des amis, quelqu'un annonce une grossesse. Tout le monde applaudit. Sur le chemin du retour, dans la voiture, le silence est un peu trop long. Puis l'un dit : « Tu y penses, toi, des fois ? » Et l'autre regarde la route.

Pour certains couples, la question des enfants se règle sans même en parler : les deux en veulent, ou les deux n'en veulent pas. Pour d'autres, elle devient un sujet qu'on évite, qui revient à chaque anniversaire, à chaque naissance autour de soi, à chaque « alors, c'est pour quand ? » d'une tante.

Si vous vivez ça, vous n'êtes ni égoïste ni « pas fait pour être en couple ». Vous êtes face à l'un des désaccords les plus difficiles qui existent. Et il mérite qu'on s'y prenne bien.

Pourquoi ce désaccord est différent des autres

La plupart des désaccords de couple se négocient. On ne part pas en vacances au même endroit ? On alterne. L'un veut la ville, l'autre la campagne ? On cherche une petite ville. Pour un enfant, c'est impossible : on en a un, ou on n'en a pas.

Le psychologue américain John Gottman, qui a observé des milliers de couples, a montré que beaucoup de désaccords ne se règlent jamais vraiment. Il les appelle des problèmes « permanents » : ils tiennent à des différences profondes de caractère ou de valeurs. Les couples qui vont bien ne les font pas disparaître. Ils apprennent à en parler sans se blesser. Mais quand un désaccord touche un rêve de vie, il se bloque facilement : chaque discussion tourne en rond, chacun se sent menacé dans ce qu'il est.

Gottman a aussi remarqué que, derrière une position bloquée, il y a presque toujours un rêve, une peur ou une histoire personnelle. Derrière « je veux un enfant », il peut y avoir l'envie de transmettre, une famille très chaleureuse qu'on voudrait recréer, ou la peur de regretter. Derrière « je n'en veux pas », il peut y avoir le souvenir d'une enfance difficile, l'amour de sa liberté, la peur de ne pas être à la hauteur, ou simplement l'absence d'envie, qui est une réponse tout aussi légitime.

À retenir : vouloir un enfant n'est pas plus « normal » que ne pas en vouloir. Les deux envies méritent le même respect. Le but n'est pas de convaincre l'autre, c'est de comprendre ce que chacun porte.

« Non », « pas maintenant » ou « j'ai peur » : trois choses différentes

Avant de conclure que tout est bloqué, il faut savoir de quel « non » on parle. Car il y en a plusieurs.

  • Le « non » ferme : la personne n'a jamais voulu d'enfant, elle y a réfléchi, et sa réponse ne change pas avec les années.
  • Le « pas maintenant » : trop jeune, pas assez d'argent, un travail instable, un appartement trop petit. Ici, le problème est le moment, pas l'enfant.
  • Le « j'ai peur » : peur de perdre le couple, de ne pas savoir faire, de reproduire ce qu'on a vécu. Souvent, la personne elle-même ne sait pas bien ce qu'elle veut.

Et c'est pareil de l'autre côté : un « oui » peut être un désir profond et ancien, ou une envie qui vient surtout de la pression autour de soi.

Ces positions peuvent bouger. Deux chercheuses, Maria Iacovou et Lara Patrício Tavares, ont étudié pendant des années les projets d'enfants de milliers de Britanniques. Elles ont observé que beaucoup changeaient d'avis, à la hausse comme à la baisse. Les raisons : ce qu'on découvre en voyant des amis devenir parents, un nouveau ou une nouvelle partenaire, la pression de l'entourage, et l'envie de se rapprocher de ce que veut l'autre. Quand les deux membres du couple n'étaient pas d'accord, chacun avait tendance à faire un pas vers l'autre au fil du temps.

Attention, cela ne veut pas dire « attends, il ou elle finira par changer d'avis ». Cela veut dire : ne figez pas trop vite la position de l'autre, ni la vôtre.

Le piège de céder pour avoir la paix

Quand un sujet fait trop mal, la tentation est de céder. « Bon, d'accord, faisons-le. » Ou à l'inverse : « Tant pis, je renonce. » Sur le moment, ça soulage. À long terme, c'est risqué.

En 2005, la psychologue Emily Impett et ses collègues Letitia Anne Peplau et Shelly Gable ont suivi des couples pendant deux semaines, en leur demandant chaque jour s'ils avaient fait un sacrifice pour l'autre, et pourquoi. Les sacrifices faits pour faire plaisir, par envie de rendre l'autre heureux, faisaient plutôt du bien. Ceux faits surtout pour éviter un conflit ou une déception allaient avec plus d'émotions négatives, moins de satisfaction, et, quelques semaines plus tard, davantage de ruptures. Ces couples étaient jeunes et leurs sacrifices plus petits qu'une décision d'enfant. Mais la leçon vaut d'autant plus pour une décision qui engage toute une vie.

Un enfant fait « pour l'autre », sans le vouloir soi-même, ou un désir d'enfant enterré sans en avoir vraiment parlé, ce sont des décisions qui peuvent laisser une rancœur durable. La vraie question n'est donc pas « qui va céder ? », mais « qu'est-ce que chacun de nous peut accepter, de tout cœur, sans se trahir ? ».

D'ailleurs, les démographes l'ont remarqué. En Italie, Maria Rita Testa et ses collègues ont suivi des couples dont les projets différaient. Peu importait que ce soit l'homme ou la femme qui voulait un enfant : le désaccord pesait de la même façon sur la suite. Quand le désaccord durait, l'issue tombait souvent entre les deux : moins de naissances que si les deux voulaient un enfant, plus que si aucun n'en voulait. Une sorte d'entre-deux que personne n'avait vraiment choisi.

Duoly, l’app des couplesLe rendez-vous du soir qui remet la conversation au centre.

Comment en parler, concrètement

Ce n'est pas une conversation à avoir en cinq minutes entre deux portes. Ce n'est pas non plus une seule conversation. Voici quelques repères.

  • Choisissez le moment. Pas après une naissance chez des amis, pas pendant une dispute. Proposez-le à l'avance : « J'aimerais qu'on parle des enfants, tranquillement. Ce week-end, ça te va ? »
  • Parlez de vous, pas de l'autre. « Quand j'imagine ma vie dans vingt ans, je vois une table de famille » marche mieux que « tu es égoïste ». « J'ai peur de perdre ce qu'on a » marche mieux que « tu ne penses qu'à ça ».
  • Cherchez l'histoire derrière la position. Demandez : « Qu'est-ce qu'un enfant représente pour toi ? » ou « Qu'est-ce qui te fait peur là-dedans ? ». Puis écoutez sans préparer votre réponse.
  • Distinguez le « jamais » du « pas maintenant ». Posez la question franchement : « Est-ce que c'est non pour toujours, ou est-ce que quelque chose pourrait te faire changer d'avis ? Quoi, par exemple ? »
  • Mettez des faits sur la table. L'âge, la santé, l'argent, le travail. Les contraintes de temps sont réelles, surtout quand la fertilité entre en jeu. Ne pas en parler ne les fait pas disparaître.
  • Donnez-vous un calendrier. Pas un ultimatum, un rendez-vous. « On en reparle dans six mois, et d'ici là chacun y réfléchit de son côté. » Attendre sans limite use tout le monde.

Si la conversation tourne toujours au conflit, un ou une thérapeute de couple peut vraiment aider. Son rôle n'est pas de trancher pour vous, mais de faire en sorte que chacun puisse parler sans être jugé.

Et si vraiment, on n'arrive pas à se rejoindre ?

Parfois, après avoir pris le temps, beaucoup parlé, peut-être consulté, les deux positions restent les mêmes. C'est douloureux. Mais ce n'est la faute de personne. Deux personnes peuvent s'aimer sincèrement et ne pas vouloir la même vie.

Certains couples trouvent un chemin : l'un découvre qu'il peut vivre pleinement sans enfant, en s'investissant auprès de neveux, de filleuls, dans un métier qui transmet. L'autre découvre une envie qu'il n'osait pas s'avouer. D'autres choisissent de se séparer, non par manque d'amour, mais pour ne pas priver l'un d'eux de quelque chose d'essentiel. Aucune de ces issues n'est un échec, si elle a été choisie honnêtement, à deux.

Ce que vous pouvez faire dès ce soir, c'est simplement ouvrir la porte. Pas pour décider. Pour dire : « Je voudrais comprendre ce que tu ressens vraiment, et te dire ce que moi je ressens. » C'est souvent la première fois qu'on se parle de ça sans se défendre. Et quelle que soit la suite, c'est un vrai pas l'un vers l'autre.

Questions fréquentes

Que faire quand mon conjoint ne veut pas d'enfant ?

D'abord, comprendre de quel « non » il s'agit : un refus de toujours, un « pas maintenant », ou une peur. Parlez de ce que l'enfant représente pour chacun, sans chercher à convaincre. Fixez-vous un calendrier pour en reparler, et faites-vous accompagner par un ou une thérapeute de couple si chaque discussion tourne au conflit.

Peut-on changer d'avis sur le fait d'avoir des enfants ?

Oui, et c'est fréquent. Des chercheurs qui ont suivi des milliers de personnes pendant des années ont vu beaucoup de projets d'enfants évoluer, dans les deux sens, selon l'expérience, la vie de couple et l'entourage. Mais on ne peut pas compter sur un changement d'avis : il faut en parler franchement.

Faut-il accepter d'avoir un enfant pour faire plaisir à l'autre ?

C'est déconseillé. Les recherches sur les sacrifices dans le couple montrent que céder surtout pour éviter un conflit pèse sur le bien-être et la relation. Un enfant mérite des parents qui le veulent tous les deux, même si l'envie de l'un est plus forte que celle de l'autre.

Doit-on se séparer si on n'est pas d'accord sur les enfants ?

Pas forcément, et jamais dans la précipitation. Beaucoup de couples trouvent un terrain d'entente avec le temps. Mais si, après de vraies discussions, les deux envies restent opposées, se séparer peut être un choix respectueux pour chacun. Ce n'est pas un échec de l'amour.

Dix minutes par soir, rien qu’à vous deux

Duoly installe le rendez-vous dont parle cet article — une question le soir, des jeux à deux, des sorties — sans que personne ait à y penser.

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Cet article s'appuie sur des travaux de recherche publiés, cités avec leurs auteurs. Il a une vocation d'information et ne remplace pas l'accompagnement d'un psychologue, d'un thérapeute de couple ou d'un médecin.